INSTANT CACHETE

Lecture textes : Gwendoline ROTHKEGEL

Conception sonore avec Jullian HOFF

Note d'intention : Série INSTANT CACHETE

INSTANT : Durée très courte que la conscience saisit comme un tout. Moment où l'histoire bascule, où le secret est inopinément révélé, où l'ordre se mue en chaos, où l’on se rencontre pour la première ou la dernière fois. L'instant n'a pas de durée, car son existence n'est que rétrospective.

 

CACHETER : Appliquer un cachet sur une lettre ou un objet, le sceller, marquer un acte d'un sceau pour le fermer ou l'authentifier.

 

Les souvenirs sont des histoires inachevées sans temporalité définie. La série Instant Cacheté se constitue de rétrospectives de souvenirs : leur origine, leur histoire propre et la transposition artistique qui les clôt. Ces séries sont des construits imagés et sonores figés dans le temps, qui restent.

 

Cette mise en scène explore les thématiques suivantes :

Quel regard porte-t-on sur un portrait photographique, sur un lieu chargé d’une histoire ou sur des documents ?

Quelles images mentales et vibrations véhiculent-ils ?

Pourquoi certains mots deviennent des traces indélébiles du souvenir ?

Comment l’objet du souvenir devient sacré par la représentation que l’on en garde ?

Comment conserver la charge émotionnelle du souvenir ?

Le processus créatif s’articule autour d’une vidéo projetée, de toiles fixées au mur et d’un objet scellé posé au sol.

Extraire du souvenir un texte sonore

 

Mon point de départ est lié à un événement passé depuis plusieurs années à partir duquel je construis un texte, qui au fil du temps subit des transformations pour ne garder que l’essentiel.

Je ne donne pas à voir la réalité intacte mais retranscris le souvenir épuré de sa part intime, et lui confère une vision universelle que chacun peut s’approprier.

Je procède à une écriture de l’effacement où je supprime certaines parties d’un tout pour ne garder que ce qui peut et doit rester.

Je retraduis le souvenir dans une forme de monologue intérieur par le biais de réitération de mots symbolisant les états émotionnels liés. Ce texte, écho de la mémoire, devient un langage sonore qui occupe l’espace du lieu. Les sons qui l’accompagnent représentent les objets associés au récit.

Projeter l’instant immatériel

 

Le temps du souvenir est celui de la projection pendant laquelle je redonne à l’objet du souvenir sa dimension immatérielle et sa part subjective, celle qui raconte l’histoire.

Je m’intéresse à la manière dont le regard se pose sur un ensemble lorsqu’il est chargé d’un souvenir.

Je reconstruis le souvenir à partir de fragments issus de photographies ou d’objets que je fusionne pour créer un ensemble imagé.

L’utilisation de la vidéo symbolise l’éphémère et le temps qui passe, chaque image fragmentée étant travaillée en lien avec la précédente jusqu’à former une peinture en mouvement.

Recréer ce qui n'existe plus

 

Une fois la projection construite, je recrée ce qui n'existe plus à partir de la nature de l’objet du souvenir : documents, confidences, objets, photographies.

J’utilise des bribes de textes originels ; je retranscris tout ou une partie de la confidence.

Je cherche à retrouver des fragments représentatifs du souvenir. J’utilise plusieurs matériaux transparents, opaques et souples (papier, tissu) qui s’altèrent et sont métamorphosés par le procédé de collage.

Pour m’approprier le souvenir de manière plus personnelle, je peux peindre la représentation que j’en ai. 

Cacheter le souvenir

 

Je sépare l’objet du souvenir de son univers originel et l’inclus dans un ensemble où il prend une dimension sacrée. Il devient le témoin qui atteste de la réalité du souvenir et le clôt.

Il est scellé dans une mise en scène constituée d’autres objets symbolisant des éléments de la série.

Posé au sol ou sur un socle, il devient le totem du souvenir. 

L’accès à l’objet est soit impossible soit rendu difficile pour symboliser le caractère éphémère, imprécis et évanescent de la mémoire du souvenir.